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Vous trouverez ci-dessous un document établi à partir des recherches effectuées sur les conséquences de ce conflit au niveau de notre village. Destiné aux habitants de Cusey, j'espère qu'il vous intéressera cependant.
Le 4 Octobre 2004, je recevais la lettre suivante d'un médecin retraité dans les Vosges:
Comme j'avais déjà commencé à rassembler de la documentation sur les hommes de Cusey décédés au champ d'honneur, j'ai transmis au docteur Foussereau ce que j'avais comme renseignements concernant Henri Thevenot et les hommes de Cusey tués dans le secteur des Vosges : Gaston Decusey et Eugène Japiot. Je me suis pris au jeu et j'ai enquêté, dans la famille et sur Internet pour connaître l'histoire de ces hommes qu'encore quelques habitants honorent tous les ans le 11 Novembre et notamment celle d'Henri Thevenot de qui j'ai hérité le prénom. Des documents écrits se trouvaient dans les archives héritées de ma tante Rose Thevenot, la nièce du défunt, soit chez moi soit chez Marie-Odile Rebilly. C'est le résultat de ces recherches que je voudrais mettre à votre disposition au titre de ce que les journalistes appellent le "devoir de mémoire " et que plus simplement je nommerai le .
SOUVENIR !
En réponse, monsieur Foussereau m'a fait parvenir des renseignements forts utiles concernant la topographie de la région, les unités présentes sur le terrain. Il a retrouvé pour moi des traces de la famille Jeandel et élucidé le "mystère" de cette madame Simon citée à deux reprises. Il m'a ainsi appris que le front passait à quelques centaines de mètres du bourg de Lesseux situé en zone française alors que Lusse, Frapelle et tous les villages au nord était sous domination allemande. Ainsi le lieu-dit "la chapelle Ste Claire" où est décédé Eugène Japiot était français tandis que le bourg dont dépend le dit lieu, Frapelle, était occupé par "les boches" comme on disait à l'époque. Qu'il en soit grandement remercié.
Ma synthèse est sans doute un peu décousue mais je vous en souhaite bonne lecture. Henri Thevenot
Nous sommes en guerre contre l'Allemagne. Les hommes en âge de se battre sont tous au front, dans les tranchées, depuis août 1914. Ils souffrent, ils sont séparés de leurs familles, vivent dans des conditions innommables. Les tranchées creusées dans la terre sont boueuses ou poussiéreuses. Ils ont froid en hiver, trop chaud en été. Ils dorment dans des excavations et sont exposés à tous les périls : les balles et les obus des voisins d'en face, les attaques ennemies, les assauts auxquels ils participent dans la mitraille du champ de bataille et aussi les maladies Hans et Helmut, les allemands, vivent le même cauchemar. Nos soldats vont régulièrement se reposer quelques jours au plus proche village où est leur base arrière. Ils essaient de retrouver un peu de propreté et remettre en état habillement et armement. Mais on a besoin d'eux aux tranchées et la relève est vite arrivée et il faut repartir pour l'enfer et souvent la mort.
J'ai cherché à faire connaissance avec ceux qui figurent sur notre monument aux morts.
Parmi les soldats originaires de Cusey certains ont déjà perdu la vie dès les hostilités déclenchées.
J'ai cherché à faire connaissance avec ceux qui figurent sur notre monument aux morts.
Parmi les soldats originaires de Cusey certains ont déjà perdu la vie dès les hostilités déclenchées.
C'est le cas de Gaston DECUSEY (aussi bizarre qu'il en paraisse, cette famille est originaire de Percey le Grand). Il est le premier tué de notre communauté. Soldat au 221ème régiment d'infanterie il meurt le 24 Août 1914 à Sainte Marie aux Mines dans les Vosges ; vous verrez que cette région a été le cauchemar de Cusey. Ses parents habitaient la maison devenue la ferme de Roland Japiot entre chez A.Clerc et M.Ancel. Il est marié depuis le mois de mai 1914 et Cécile JAPIOT sa femme attend un heureux évènement. Une fille Georgette naîtra en mars 1915 et n'aura pas connu son père. La lignée s'arrête avec elle puisqu'elle n'aura pas d'enfant. Cette année 1915, le 18 Mars meurt Gaston Jean Emile ROBINET. 2ème classe au 170ème Régiment d'Infanterie, il aurait eu 22 ans en fin d'année. Il est décédé de ses blessures à l'ambulance II-7/16 à La Salle dans la Marne. Ses parents Jean-Baptiste Robinet et Marie Rabiet étaient cultivateurs à Cusey dans une maison de rue du petit Cornot après chez Christophe Courty. Il était d'une fratrie de trois : une fille morte avant 1914 et son frère qui sera tué en Juin. Pauvres parents !
Puis, en 1915, sans connaître la date précise décède Paul Eugène GUYOT. Je n'ai trouvé aucune précision concernant ce soldat.
Une grande bataille a lieu en juin 1915 dans le Pas de Calais avec un point d'orgue à Notre Dame de Lorette (commune d'Aix-Noulettes 62) et trois des nôtres vont y mourir en trois jours. Eugène Joseph Léon JAPIOT tout d'abord perd la vie le 14 juin. Soldat au 21ème Régiment d'infanterie, il vient d'avoir 35 ans; Il n'est pas marié. Il est le fils François Abel et Marie Anne MEDARD et là encore je ne connais plus de descendant à cette famille.
Le 16 juin meurt au même lieu Paul MENY On n'a pas retrouvé son corps il est dit "disparu au combat". Paul était au 170ème R.I et vient d'avoir 32 ans. Cultivateur à Cusey, ses parents sont originaires de Saint Broingt le Bois. A ma connaissance il était le seul enfant de ce couple. Leur maison était la première de la rue du Grand Cornot (Pétesch ou en face)
Le troisième tué à Notre Dame de Lorette, le même jour que Paul Mény, c'est Clément René ROBINET. Lui, vient d'avoir 20 ans. Je n'ai aucun renseignement militaire le concernant si ce ne sont ses dates de naissance et de décès et le lieu de son décès. Lui aussi a été haché dans la tourmente. Comme je l'ai dit plus haut, Il est le frère de Gaston Robinet mort en mars. L'année 1915 s'achève avec de l'espoir, plus aucune perte pour Cusey mais....!
La tuerie continue ! Six hommes vont encore laisser leur vie pour la Patrie et ne reverront pas leur Cusey. On mourra encore beaucoup dans la région de Verdun mais aussi dans les Vosges.
C'est JAPIOT Marie Julien Eugène Emile qui inaugure les décès de 1916. Il est tué le 15 Mars à La Chapelle Sainte Claire commune de Frapelle un village du canton de Saint Dié (le bourg est en zone allemande). Il a 38 ans. Il sert au 51ème RTI (régiment territorial d'infanterie - les territoriaux sont des soldats âgés qui, normalement, auraient dû être affectés à la garde de points sensibles plutôt qu'au front). C'est le frère d'Eugène Léon JAPIOT tué en 1915 leur maison est celle qu'occupait Armand Japiot le plombier. Six enfants dans cette famille et aucun descendant connu. Quelle saignée !
Eugène Maurice DUROST est mort le 3 mai à Verdun, ville phare de cette guerre. Il est l'oncle de Maurice Japiot qui réside en face de l'église et ses parents habitaient la maison au sud de celle de Fabrice Theurel. Je n'ai pu retrouver aucun document sur son passé militaire ni sur son lieu de sépulture. Il semble avoir disparu, volatilisé dans la tourmente à l'âge de 32 ans.
Abel GUYOT est tombé le 11 juillet dans la région de Verdun, à "La Langée". Tué à l'ennemi ; c'est la formule consacrée, il est soldat au 221ème régiment d'infanterie. Né le 14 juillet 1883 il avait donc presque 33 ans. Originaire de Beaumont sur Vingeanne, il travaille à Cusey où son frère s'est marié et réside dans une maison maintenant détruite à l'ouest du presbytère. Là encore, je n'ai pas connaissance de descendants de cette famille à Cusey ou dons la région proche.
La liste s'allonge le 31 juillet avec Henri Marie Joseph THEVENOT. Il s'agit de mon grand-oncle, c'est à son souvenir que je dois mon prénom Je vous ferai faire plus amplement connaissance avec sa vie et sa mort plus loin dans ce fascicule.
Le dernier mort pour la France de l'année 1916, le 19 Août, sera Victor André PETITJEAN. Il semble qu'il soit militaire de carrière puisque officier du grade de capitaine. C'est le plus âgé des tués de Cusey ; 43 ans depuis le 4 Juillet. Il commande une compagnie du 6ème RIC (régiment d'infanterie coloniale qui doit comporter de nombreux soldats des colonies de l'époque). Les documents militaires disent qu'il est mort au nord-est de Belloy en Santerre dans la Somme. Il est né à Cusey mais je ne sais rien de sa famille ni de lui.
En 1917 un mort vient encore s'ajouter au martyrologe.
Albert Auguste Adrien TRUCHOT disparaît le 5 Avril 1917 à Joigny dans l'Yonne où , je pense, il se trouvait dans un hôpital. Je ne sais rien de son passé militaire n'ayant rien retrouvé à ce sujet. Peut-être a-t-il été victime de l'Ypérite un gaz mortel utilisé dans les combats à cette époque. A 32 ans, il est marié depuis 1912 avec Lucie JAPIOT et a un petit garçon de 4 ans, Jean Truchot qui décédera célibataire après la guerre de 39/45. Après son veuvage Lucie épousera le frère de son mari et aura avec lui deux enfants, Simone que vous connaissez tous et Madeleine la maman d'Albert Biondi de Selongey qui possède le gîte rural en face de la maison de Simone.
Jules Raymond BOUCHARD du 61ème bataillon de chasseurs à pieds s'éteint le 21 Octobre 1918 à l'hôpital de Bourbourg (Nord) sans doute blessé ou gazé (aujourd'hui encore la confidentialité médicale règne sur les dossiers des blessés et malades). Il a 29 ans; Son père était originaire d'Isômes et si mes souvenirs sont exacts il était éclusier à l'écluse de Montrepelle. Il est marié avec Juliette une fille d'Isômes mais ils n'ont pas de descendant.
13 Avril 1918, c'est le jour de la mort de Paul Gabriel MATIRON; il est caporal au 68eme régiment d'infanterie, venant du 103eme. C'est à Rouvrel dans la Somme qu'il perd la vie à 26 ans. Ses parents venant de la vallée de la Vingeanne sont boulanger dans la maison qu'Alain Clerc vient de rénover au dessus de celle de René Normand. Il est célibataire
Les hostilités cessent le 11 Novembre 1918 et progressivement nos soldats rentrent à la maison, certains sont gravement blessés ou malades, quelques-uns intacts ou guéris.
Plusieurs mourront encore des suites de leurs combats. Ainsi :
Léon RENEVEY meurt le 1er mai 1921 à Langres à 38 ans. C'est le frère de Maria Chapuis morte depuis 1946, le grand-oncle de Violette Japiot de Choilley et l'arrière-grand-oncle de Mme Naigeon du garage de Sacquenay.
La même année c'est Raymond BOCQUENET qui décède; j'ignore tout de lui.
Paul DHIEN, c'est un instituteur né à Drée en côte d'Or. Il meurt à Langres en 1923 à 39 ans. Il avait épousé Louise Joséphine JAPIOT en 1905 et n'avait pas d'enfant. C'est le grand-oncle de Roland Japiot, Pierre-Yves Pochiet et Simone Truchot.
C'est notre dernier mort répertorié sur la stèle du cimetière.
Je n'ai pas de documentation concernant les "revenants" mais j'ai une quasi-certitude concernant :
J'ai eu accès à plusieurs documents qui retracent l'histoire du soldat Henri THEVENOT mon grand-oncle et je voudrais vous les faire partager.
Qui est Henri THEVENOT ?
Henri Marie Joseph THEVENOT est né le 7 avril 1877. C'est le fils de Jean Nicolas François Emile Thevenot et de Marie Amélie Robichon. Il habite la maison où résidait ma soeur Claudette. Ses parents sont morts l'un en 1896, l'autre en 1906. C'est le dernier des cinq enfants du couple. Son frère aîné Auguste (1866-1946) - mon grand père - est marié avec la fille du cabaretier, Marie Courty. Il est père de trois enfants et est cultivateur dans la maison que j'occupe. Ses sœurs Marie (1868 - 1947) et Augustine (1874-1945), célibataires comme lui, vivent en sa compagnie. Une autre sœur, Lucie (1872-1955) est mariée à Percey le Petit avec Adolphe Rabiet le sabotier.
Son service militaire Comme tous les jeunes de sa classe d'âge 1897 il a passé le conseil de révision à Prauthoy. Il est réformé pour "faiblesse de constitution"en 1898 et 1899 et classé "bon pour le service" en 1900. Il est donc incorporé le 14 Novembre 1900 au fameux 21, le régiment de Langres, le 21ème régiment d'infanterie, pour 10 mois. Il rejoint la "disponibilité" et Cusey le 25 Septembre 1901. Il est maintenant réserviste avec le programme suivant :
Sa Guerre
Oui mais ! Oui mais la France et l'Allemagne entrent en guerre. Les gendarmes de Prauthoy qui ont en stock les affiches de mobilisation générale y ajoutent la date "2 Août 1914" et les collent aux emplacement prévus dans leurs instructions. Henri doit être à la Gendarmerie de Prauthoy avant huit heures le 4 Août pour rejoindre Langres et son 51ème RTI (on trouve aussi RIT). Je ne sais si Henri et ce régiment sont montés directement dans les Vosges. C'est très possible car c'est dans cette région aussi qu'on a stoppé l'avance allemande en 1914 (voir mort de Gaston DECUSEY à Ste Marie Aux mines en Août 1914) et on trouve dans le carnet dont je parle ci-dessous un laisser-passer signé de son chef de détachement datés de Rémoneix Vosges le 27/12 1915. Je sais qu'il a été avant sa mort ordonnance du commandant de compagnie (c'est le soldat qui veille au bien-être de l'officier (entretien du cheval, de l'habillement etc..) et sa possibilité de contact avec l'arrière (j'ai repèré Remoneix) le faisait commissionnaire de ses camarades. Ainsi il tenait un carnet sur lequel il inscrivait ce qu'il devait rapporter et le prix de l'objet (le litre de vin est à 0.55 F la boite de sardine à 0.65 F. Il déposait aussi beaucoup de linge à laver. Mais, aussi dans ce carnet figurent les adresses militaires de ses camarades Charles Médard, Paul Rabiet, Jules Normand, Emile Pitollet, et celles des personnes à prévenir en cas de mort : sa soeur Marie mais aussi l'épouse d'un copain Mme Aubert à Romilly sur Seine .
Maintenant que je vous ai présenté la parsonne d'Henri et sa situation nous arrivons à 1916 année pour laquelle je m'appuie sur les documents suivants pour que vous découvriez vous même la fin de sa vie. 15 Juin 1916 Un soldat désabusé Henri écrit une carte postale à sa tante (laquelle ?) pour la tenir informée de sa santé. Sa caricature c'est sa photo en pied au recto de la carte. Le moral est bas.
15 Juin 1916 Chère tante Depuis quelques jours j'attendai(s) ma caricature pour vous envoyer de mes nouvelles qui sont bonne(s) au point de vue santé ; mais je vous avoue crânement que toujours j'ai les nerfs bien tendus et que cet état me porte à dédaigner tous ces gal(l)onnés qui nous sacrifient si bêtement et avec tant de désir d'avoir des pertes à leur compagnie bataillon et régiment ; il semble plus de pertes plus de mérite. Je vous quitte en vous embrassant de tout cœur. Votre neveu Henri
31 Juillet 1916 Henri est décédé
Edmond CADET est soldat avec Henri. Le jour même, il écrit à Cécile sa soeur (ils habitaient la ferme où travaille Jean-Claude Jourand) et lui relate les conditions dans lesquelles Henri a été tué;
Nota : (1) MICHEL Marie Joseph est décédé le soir même 31/7/1916 à 10 heures du soir à l'hôpital auxiliaire n° 7 dit "du collège" à Saint Dié (Vosges) soit après 9 heures de souffrances. Il figure au monument aux morts de Rolampont. (2) Marchand Louis est décédé le 11 Août suivant à l'hôpital auxiliaire n° 7 à Saint Dié Vosges des suites de ses blessures soit 11 jours après l'explosion. Il figure au monument aux morts de Champlitte. (3) Leur compagnie va faire mouvement vers une autre zone de tranchées. 1er Août 1916 Les amis d'Henri écrivent à sa famille Paul Multon (j'ignore tout de lui) qu'Henri avait chargé d'écrire à ses soeurs en cas de malheur, s'exécute. 1er Août 1916
Pauvres et chères demoiselles
C'est les larmes aux yeux et sous l'impression pénible que laisse la mort d'un véritable ami que je vous écris "Si jamais il m'arrive malheur, Multon, je te recommande d'avertir mes sœurs" Cette recommandation votre cher Henri l'a faite à d'autres depuis qu'il n'est plus ordonnance et je sais que vous êtes prévenues de ce matin. Permettez-moi, mesdemoiselles d'être l'interprète de tous ses anciens camarades et de Madame Simon de L….(1) Quand la fatale nouvelle nous fut connue ce fut comme une traînée de poudre dans le village : ordonnances et conducteurs ne s'approchaient que pour donner un souvenir (ému ?) à celui que vous pleurez. Plusieurs aussi malgré cette habitude de côtoyer et voir souvent la mort ne pouvaient retenir leurs larmes. C'est que pour tous Thevenot était un ami. C'était une de ces natures droites qui ne dissimulent pas leur façon de penser mais que l'on reconnaît surtout aux actes. Bon, serviable à tous, il l'était en faisant aussi plus que son devoir. Voilà pour le soldat. C'était aussi un de ces croyants de vieille souche qui faisait la part à Dieu. Je ne l'ai jamais vu que faire du bien et avec quelle délicatesse ! Puisse cet humble témoignage d'estime vous donner quelque consolation pendant que La Haut votre cher Henri reçoit la récompense qu'il mérite et qu'ici il laisse des regrets unanimes mais plus particulièrement ceux de madame Simon et les miens. Agréez, pauvres et chères demoiselles mes sentiments respectueux MULTON Nota : (1) Il semble qu'Henri et Multon logeaient à la ferme Simon quand ils redescendaient des tranchées. 2 Août 1916 L'enterrement Edmond Cadet rapporte à sa soeur Cécile les conditions de l'enterrement d'Henri.
Chères cousines Je vous repasse un mot que je reçois à l'instant d'Edmond CADET, excusez-moi de ne pas vous avoir écrit plus tôt, tous les jours, je remets pour le seul motif que je ne trouve rien à mettre sur le papier comme je suis encore en ce moment. Je ne sais pas la terre qui me porte depuis le jour où j'ai appris cette affreuse nouvelle. Il m'a été impossible d'aller à l'enterrement vû qu'il était fait au moment où j'ai reçu la carte d'Edmond m'apprenant le malheur, malgré que je sois à environ trois heures de marche de Lesseux, j'aurais fait mon possible pour avoir la permission d'y aller. J'envoie en même temps un mot à Edmond ainsi qu'à Huguet sergent-major d'Henri pour qu'ils fassent remarquer la tombe d'Henri par quelque chose de durable. Je paierai ce qu'il faudra s'il y a lieu, d'un autre côté conservez cette carte avec ses indications, à l'avenir on ne sait ce qui peut arriver. Vous trouverez peut-être un soulagement à votre douleur en allant prier sur sa tombe. Quel malheur, tous les jours il en tombe, hier c'était son tour, aujourd'hui celui d'autres et demain peut-être le mien, le lendemain est bien incertain. Combien j'ai penser à vous jours et nuits depuis 7 jours. Quel coup a du vous porter celui qui vous l'a appris. C'est une terrible épreuve qu'il faut vous efforcer de surmonter, vous faire malade aggraverait encore la situation. Soyez assurées de la part que je prends à vos peines car vous savez l'estime et l'amitié que j'avais pour lui. Chères cousines, je vous quitte, je suis en bonne santé et de tout mon cœur souhaite que vous vous conserviez de même. Votre cousin qui vous embrasse E. PITOLLET Qui est Ernest PITOLLET ? C'est le cousin germain du coté maternel d'Henri THEVENOT. Son père exerce le métier de maréchal-ferrant comme ses aïeux de générations en générations dans la maison en face du monument aux morts, au sud de la ruelle qui emprunte la passerelle. Il est né le 7/11/1872 à Cusey. Il rentrera de la guerre sans handicap connu, Il entrera aux chemins de fer et s'installera à Aillevillers (70) Marié, il aura un fils, Marcel aux chemins de fer comme lui (le rédacteur l'a connu) qui, lui-même à eu une fille Marcelle, perdue de vue maintenant. Transcription d'une lettre adressée par Mesdemoiselles Marie et Hélène JEANDEL de Lesseux adressée à Marie et Augustine THEVENOT sœurs du soldat Henri THEVENOT tué à Lesseux Mention "C.M." sans doute "correspondance militaire")
Lesseux le 4 novembre 1916
Mesdemoiselles
Votre lettre nous est parvenue la veille de la Toussaint, et selon votre désir nous avons porté q. q. fleurs sur la tombe de votre cher frère. Vu la mauvaise saison dans nos pays les fleurs sont plutôt rares et nous n'avons pas pu en mettre beaucoup. Mais soyez assurées qu'au retour de la belle saison nous garnirons sa tombe comme celle de ses camarades tombés déjà bien avant lui pour défendre notre petit village. Nous en avons 18 à entretenir et vous pouvez croire que nous ne demanderions qu'une chose, ce serait de connaître au moins un membre de leur famille pour leur faire savoir l'endroit où repose la dépouille de celui qui leur fut si cher. C'est encore un peu de consolation pour la famille de savoir le lieu où l'on peut se transporter par la pensée avec le cher disparu. Quant aux remerciements que vous nous adressés Mesdemoiselles nous voulons bien les accepter, mais les soins que nous donnons à nos chers soldats ; ils sont nôtres puisqu'ils se sacrifient pour nous; nous ne faisons que notre devoir, et je crois qu'à l'occasion tout le monde en ferait autant. Les nôtres sont tombés sur un autre coin de notre pauvre France peut-être que des mains charitables auront fait pour eux ce que nous faisons pour ceux qui tombent chez nous. Sachez que désormais nous sommes là, à moins que le malheur qui sévit sur notre pays nous chasse de la maison, mais nous espérons que le Bon Dieu nous protégera jusqu'au bout comme il l'a fait jusqu'à présent. Si toutefois vous avez besoin de q. q. service quel qu'il soit vous pouvez vous adresser à nous et si plus tard après la guerre vous voulez venir chercher la dépouille de votre pauvre frère vous saurez que nous sommes là pour vous obliger. Croyez Mesdemoiselles à nos meilleurs sentiments et à notre respect. Marie et Hélène Jeandel
Nota : Les sœurs Thevenot sont allées plus tard (1919/1920 ?) à Lesseux rechercher le corps de leur frère pour le ramener au cimetière de Cusey où il est inhumé définitivement. Une anecdote transmise dans la famille veut quelles aient découvert là-bas, avec étonnement : la couette. C'est la première fois qu'elles couchaient dans un lit garni de cet accessoire, dans notre région draps et couvetures étant bordés sous le matelas.
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