


A la fin du 19 ème, les responsables français décidèrent,
après moult études, de construire un canal reliant la Marne à la Saône de
Vitry le François (51) à Pontailler sur Saône (21).
Après les expropriations
d'usage les entreprises soumissionnaires s'attelèrent à la réalisation de
cette voie d'eau. Il existait déjà des machines à vapeur mais seul le
transport des matériaux était un peu mécanisé, tout le reste était
manuel.
Quelle révolution à Cusey !

Scène
de la construction du canal - Finition des flancs
Tous les bâtiments sont occupés par les salariés du canal. Les
cadres sont en général français et la majorité des ouvriers italiens de
Calabre, des Pouilles et de Sicile. Tous les corps de métiers sont là, les
terrassiers bien sûr mais aussi les artificiers qui font sauter la roche à
la dynamite, les forgerons qui entretiennent les outils, les maréchaux-
ferrant, les rouliers qui
avec leur tombereaux attelés de chevaux transportent les matériaux, les
carriers qui extraient la pierre à bâtir, les maçons qui édifient les
ouvrages d'art (pont, caniveaux, écluses, radiers, maisons éclusières etc.…).
Les trains amènent les pièces d'usine, portes d'écluse, vannages etc..) et
cela dure plusieurs années.
Les papas surveillent leurs filles mais, il y a quelques accidents de
coucherie. Les autochtones pour profiter de l'aubaine se transforment en
restaurateurs, cabaretiers, tenanciers de laverie etc.. Lorsque la paie est
versée, c'est l'occasion d'un coup de fête comme dirait Onésime, et parmi
les nombreux célibataires, on se bat : au couteau comme on sait le faire
dans leurs régions d'origine, et l'on en arrive à se tuer. La rumeur
veut que les berges du canal aient servi de sépulture à des anonymes. On
constatait qu'un ouvrier n'était plus au travail : sans doute était-il
reparti chez lui ! Les mouvements de personnel étant continus.

La
première liaison Marne - Saône, Mer du Nord - Méditerranée
L'inauguration eu lieu en
1906. La première péniche s'appelait "Renard" est est restée dans
la mémoire des anciens. Les plantations de charmille qui font la beauté de
cette voie d'eau étaient alors bien petites sur cette photo d'époque.

Le
canal chevauche la Vingeanne

Aujourd'hui
- Un havre de paix
La traction était alors assurée par deux chevaux tirant depuis le
chemin de halage (ils avaient leur écurie à bord où ils rentraient pour la
nuit). Ils étaient guidés à la voix depuis le bord ou plus souvent par un
gamin qui les suivait. Bien habitués, aux écluses, ils stoppaient pour que
le patron décroche le câble puis poursuivant leur chemin en tirant la
remorque, ils allaient se positionner à la sortie du sas. La péniche, sur
son erre entrait dans l'écluse et le processus de franchissement terminé, l'éclusier
n'avait plus qu'à lancer à bord le bout du câble que le patron amarrait au
bateau et vogue la galère jusqu'à la prochaine étape. Ce furent ensuite les
tracteurs diesel et puants de marque "Latil" de la CGTVN (Compagnie
Générale de Traction sur les Voies Navigables) qui assurèrent la traction
des bateaux. Puis chacune s'équipa d'un moteur diesel intérieur. Dans les
années cinquante c'était encore une quinzaine de péniches qui passaient
chaque jour, chargées de matières diverses (charbon, blé, sucre, sable,
bois etc..). Mais ces péniches de 250 tonnes du réseau Freyssinet sont
maintenant trop petites et le transport de marchandises est pratiquement
remplacé par la plaisance. A chaque écluse un éclusier assurait la manœuvre
des vannes et des portes, c'est maintenant motorisé et il n'y a plus d'éclusier.
On vend certaines maisons d'éclusier, si le cœur vous en dit.